Espace formation M1 — Culture fédérale et savoirs fondamentaux
Histoire de la savate boxe française
De l'escrime des rues à un sport codifié : deux siècles pour désencanailler la savate.
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Une escrime des rues
Au tournant du XIXe siècle, deux pratiques coexistent : le « chausson » dans le Midi, qui n'utilise que les pieds, et la « savate » dans le Nord, qui ajoute quelques coups portés à main ouverte. On se bat garde basse, dans les barrières de Paris, les cabarets et les bals. C'est une technique d'ouvriers et de voyous, marquée socialement, que la bonne société juge canaille.
Vers 1820, Michel Casseux, dit « le Pisseux », ouvre à la Courtille la première salle de savate parisienne et recense dans un traité les manières de se battre : c'est le premier à organiser la pratique.
La codification : Lecour et les Charlemont
Après une défaite face au boxeur anglais Owen Swift, Charles Lecour étudie la boxe anglaise et, vers 1832, fond ensemble les coups de pied de la savate et les coups de poing de la boxe : il crée la boxe française. C'est le geste fondateur : combiner pieds et poings dans une même méthode.
Joseph Charlemont, puis son fils Charles, poussent la codification plus loin. En 1877, Joseph publie le premier traité de la boxe française qui fixe les coups et les attitudes. En 1899, le combat que Charles Charlemont remporte contre le champion Driscoll — le « Combat du Siècle » — assure la renommée de la discipline.
« Désencanailler » : du mot qui fait peur au sport respectable
Le mot « savate » fait peur : dès 1854 il est proscrit du vocabulaire officiel et remplacé par « boxe française », dont la consonance sportive rend la pratique avouable. En se codifiant et en changeant de public — des ouvriers vers la bourgeoisie et l'armée (méthode militaire dès 1894) — la discipline gomme progressivement sa violence originelle. On ne cherche plus à abattre l'adversaire mais à le toucher : la boxe française se rapproche d'une escrime.
Déclin puis renaissance
Le succès de la boxe anglaise professionnelle, puis la Première Guerre mondiale, font presque disparaître la discipline. Pierre Baruzy (onze fois champion de France) maintient la flamme dans l'entre-deux-guerres. La renaissance véritable date de 1965 avec la création du Comité national de boxe française (CNBF), sous l'impulsion de Baruzy et de quelques passionnés. En 2000, la fédération adopte l'appellation actuelle : Savate boxe française. En 2015, la discipline est reconnue au Patrimoine culturel immatériel.
À retenir
- La savate naît comme escrime des rues, garde basse, socialement marquée.
- Charles Lecour (v. 1832) fond pieds et poings : il crée la boxe française.
- Les Charlemont codifient ; « savate » devient « boxe française » dès 1854 pour rendre la pratique respectable.
- 1965 (CNBF) marque la renaissance ; 2000, l'appellation « Savate boxe française ».
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